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Béthune-Bruay, à l’avant-poste des risques d’inondation
Article de journal
La communauté d’agglomération et ses 100 communes développent une stratégie de prévention des inondations volontariste, composé d’ouvrages de protection dits « structurants » et de solutions fondées sur la nature.
Photo : la Lawe en crue à Fouquereuil, janvier 2024
Capacité de stockage temporaire : bientôt 850.000 m3 grâce à 13 zones d’expansion des crues (ZEC) et 5 retenues collinaires, réparties sur le bassin versant de la Lys et de ses affluents. « Nous avons réalisé plus des deux tiers du programme prévu dans le PAPI Lys 3 du bassin versant», explique en février 2026 Yannis Delgery, le directeur des Milieux Naturels et des Risques à la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane (CABBALR). Le bassin versant, c’est celui de la Lys, un affluent de l’Escaut qui coule sur 200 km en France puis en Belgique. Les ouvrages de stockage, dont six restent à construire ou sont en cours de travaux, témoignent du volontarisme de la politique de lutte contre les inondations (PI) sur le territoire de la communauté d’agglomération (275.000 habitants). 78% du territoire est soumis aux risques d’inondation par débordement de crue ou ruissellement, des risques qui s’accentuent avec le changement climatique.

Zone d'expansion des crues de Gosnay en travaux en 2022 (crédit CABBALR)
ZEC de Gosnay
Janvier 2024. La pluie continue de s’accumuler sur le Nord du pays et en particulier dans le Pas-de-Calais. Sur le haut du bassin versant de la Lys, il avait déjà plu 416 mm en un mois de temps entre octobre et novembre 2023. 416 litres par m2 ! Entre fin décembre et janvier, ce sont 140 mm supplémentaires qui tombent sur des terres saturées d’eau. La construction de la zone d’expansion des crues de Gosnay, sur 17 hectares, n’est pas encore totalement achevée, mais la ZEC est en mesure de stocker 170.000 m3 d’eau, soulageant l’aval de la Lawe, un des principaux affluents de la Lys.
« Dès la première année des travaux, nous avons réalisé l’essentiel des terrassements et les digues de la zone d’expansion des crues de Gosnay. Des consignes ont été passées pour dire : cette ZEC n’est pas finie, mais il faut qu’elle serve. Il était hors de question qu’on ait un coup d’eau et qu’on ne la remplisse pas », raconte Yannis Delgery. Un tel scénario aurait suscité trop d’incompréhension, sur un secteur marqué par des inondations à répétition, dont celles du printemps 2016 et d’autant plus que le chantier avait pris du retard sur le planning initial. 170.000 m3 stockés avant la livraison finale de l’ouvrage, soit pour la ville de Fouquereuil, située à l’aval, un motif de satisfaction. « En 2016, on avait les pieds dans l’eau et là, on est resté au sec », résume Gérard Ogiez, le maire de Fouquereuil, également conseiller délégué à la CABBALR pour l’aménagement et l’entretien des cours d’eau. Aux yeux de l’élu, « cela a prouvé qu’on avait placé la ZEC au bon endroit et qu’elle était bien dimensionnée». Envisagée depuis presque 20 ans, la zone d’expansion fait désormais partie d’un ensemble de 3 ZEC dimensionnées pour diminuer de 40 cm la hauteur d’eau de la Lawe en aval de la ZEC de Gosnay, en cas de crue vicennale (crue de période de retour 20 ans), en stockant jusqu’à 430.000 m3.

La Lawe en crue et au fond la ZEC de Gosnay, janvier 2024 (crédit : CABBALR)
Ouvrages structurants
A la communauté d’agglomération, la politique PI est structurée par les programmes PAPI du bassin versant de la Lys. Elle s’appuie depuis 2021 sur une « contribution » (taxe) Gemapi, fixée par les élus à 8 millions d’euros pas an. La stratégie globale Gemapi, intégrée dans le projet de territoire « 100% durable » est définie à hauteur de 100 millions d’euros sur la période 2023/2032. Sur ce montant, 25 millions sont dédiés aux «ouvrages structurants », autrement dit les zones d’expansion des crues (ZEC), les retenues collinaires et les systèmes d’endiguement.

Crue de la Lawe à Fouquereuil, mai 2016
Conforter le système d’endiguement de Bruay la Buissière
Des systèmes d’endiguement, il en existe deux, début 2026, sur le territoire de la CABBALR. Situés à Bruay la Buissière, Ils vont tous les deux faire l’objet de travaux de confortements, entre fin 2026 et début 2027, pour garantir la protection de Bruay contre une crue vicennale. L’un des deux était composé de digues domaniales gérées par l’Etat, jusqu’à leur transfert de gestion au bloc communal, en janvier 2024.
Le premier système est situé sur la rive gauche de la Lawe. Il a fait l’objet de travaux en 2022 dans le cadre du PAPI 3, mais il doit encore être conforté sur la partie domaniale. Les services de l’Etat y avaient prévu des confortements qui n’ont pas pu être réalisés avant le transfert de gestion. Ces travaux seront synchronisés avec ceux du second système d’endiguement de Bruay, situé sur l’autre rive. «Cela n’a pas été simple, nous avons repris les marchés en cours établis par les services de l’Etat et il a fallu refaire une étude géotechnique », explique Grégory Vin, le responsable du service Lutte contre les inondations à la CABBALR. Des études géotechniques, réalisées avec l’aide du Cerema, documentent une grande hétérogéité dans la composition de la digue, faite de remblais miniers et de déchets de charbonnage. Des perméabilités dans l’ouvrage créent « des passages d’eau par ruissellement dans les strates géologiques », ajoute Grégory Vin. Le confortement associera des rideaux de palplanches, de la géomembrane et des aménagements paysagers. Le niveau de protection restera celui de 2020, soit 1800 personnes protégées contre la crue vicennale. Ces travaux sur les deux systèmes nécessiteront 4,5 millions d'euros, financés par le fonds dit « Barnier » grâce au PAPI 3 et par une dotation de soutien à l'investissement local (DSIL).

Vannage de Hulluch à Bruay (crédit Cabbalr)
Autres systèmes de protection
« A terme nous aurons 35 km de systèmes d’endiguement supplémentaires, sur la Lawe et sur son affluent la Clarence », anticipe Yannis Delgery. Les nouveaux systèmes intègreront des ouvrages qui n’avaient jamais été classés en tant que digues. Des études ont été lancées en 2022, avec pour objectif de déposer les dossiers réglementaires de demandes d’autorisation en juin 2026. Ces digues feront l’objet d’un plan d’action pour travaux, via le futur PAPI 4 porté par l’établissement public territorial de bassin (EPTB) Lys Symsagel et dont la version Etudes (PEP) est préparée depuis le printemps 2025.
ZEC et endiguements, ces solutions « en dur » ne sont pas les seuls moyens pour lutter contre les inondations, souligne la communauté d’agglo. Exposée aux risques d’inondation par ruissellements, en particulier sur les versants agricoles de l’Artois, l’intercommunalité a aussi déployé un important programme de solutions dites « douces » (15 millions d’euros sur 10 ans), via son service de lutte contre les inondations par ruissellements, qui regroupe trois personnes. Suite aux premières études, 10 km de haies ont été plantées à ce jour, 6 fascines ont été aménagées et 600 ml de fossés à redents ont été réalisés. Parallèlement, le « réseau hydrologique secondaire », un terme qui désigne les anciens fossés communaux, est en train d’être restauré. Si les ruissellements et leurs flux de sédiments atteignent les cours d’eau, ils risquent aussi de limiter les capacités de stockage des ouvrages de PI en aval, signale Grégory Vin.

Fascines de lutte contre les inondations par ruissellement (crédit CABBALR)
Culture du risque
«La mémoire des inondations peut se perdre très vite », remarque Gérard Ogiez. Pour l’élu comme pour Yannis Delgery, un des prochains gros défis en matière de prévention des inondations est de « mieux apprendre à vivre avec le risque ». La région de Béthune Bruay est certes habituée aux inondations, avec un nombre très élevé de reconnaissances de l’état de catastrophe naturelle pour inondations et ruissellement : un peu plus de 600 pour inondation et coulée de boue, sur les 40 dernières années. Mais la culture du risque, surtout à l’ère des extrêmes climatiques, nécessite des nouvelles pratiques. Yannis Delgery donne l’exemple des batardeaux de protection individuelle. Ce sont des barrières temporaires contre l’eau, dont l'acquisition dans le Pas-de-Calais peut être subventionnée, via le dispositif de réduction MIRAPI mis en place après les inondations de l'hiver 2023. Encore faut-il qu’il restent stockés au bon endroit et soient sortis « juste à temps », quand les alertes de vigilance crue sont diffusées.
La culture du risque passe aussi par des systèmes d’alerte aux crues fiables. Sur ce volet, l’ingénieur territorial explique être en discussions avec le service de prévision des crues (SPC) régional. Sur une des communes de la communauté d’agglo, entre les annonces de Vigicrues et ce qui se passe réellement, il observe que « Vigicrues est quand même très alarmiste. Le risque est que l’on soit trop alarmiste à chaque survenue d’événement. Ensuite, les administrés ne tiendront plus compte des alertes vigicrues ».
Si la culture du risque est bien une affaire collective et un levier de robustesse, elle passe aussi par la confiance des populations envers les dispositifs techniques et humains. Qu’il s’agisse des ouvrages de protection, des dispositifs fondés sur la nature ou des systèmes d’alerte.
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