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La zone de surverse est dépolluée au pied de la digue
Article de journal
Sur l’agglomération de Nevers, la création d’une zone de surverse contre les inondations a mis à jour des terres illégalement polluées. L’intercommunalité a dû trouver des solutions techniques et financières d’urgence, faisant appel au soutien de l’Etat.
Les élus et les agents territoriaux se seraient bien passés de la découverte. Fin 2024, l’entreprise de travaux missionnée pour intervenir sur une portion du système d’endiguement de Nevers, sur la commune de Sermoise-sur-Loire, a fait surgir de terre des déblais et des déchets, dont certains dangereux, tous déposés illégalement, sur un terrain destiné à servir de « zone de surverse », en contrebas de la route digue de Sermoise. La digue domaniale est située entre la Loire et son canal latéral. De quand dataient ces dépôts ? Sans doute des années 50-60 pour les plus anciens, explique aujourd’hui Hubert Fallet, le directeur de la transition écologique à l’agglomération de Nevers. La zone a dans un passé lointain été occupée par un artisan, avant d’être végétalisée et de servir de parking. Puis l’Etat l’a rachetée, pour y réaliser les travaux de prévention des inondations. Mais lors des études préparatoires au chantier, les études de qualité des sols n’avaient pas été effectuées. L’Etat, gestionnaire de la digue jusqu’en janvier 2024, a transféré la gestion à l’agglomération juste avant les travaux. « Quand nous avons récupéré la maitrise d’ouvrage, le Document de consultation des Entreprises (DCE) était prêt. Il nous a été transmis pour qu’on débute les consultations. Ce que nous avons fait sans difficultés » raconte le directeur de la transition écologique. Quand les terres polluées ont été découvertes, il lui a fallu chercher en urgence des solutions technique et financière…

Localisation de la zone déversante (crédit : note de la DDT de la Nièvre du 5 mai 2022)
Une stratégie contre les crues extrèmes
L’agglomération de Nevers est protégée contre les inondations de la Loire par un vaste système d’endiguement, celui du val de Nevers, Challuy et Sermoise, réparti sur les deux rives du fleuve. Sur la rive gauche, où se situe la digue de Sermoise, la protection est établie, avant travaux, jusqu’à une crue cinquantennale d’après l’arrêté d’autorisation du système d’endiguement publié en 2020.
Or les élus locaux ont validé en 2019 une stratégie locale ambitieuse de gestion du risque d’inondation, qui prévoit d’augmenter la protection sur la zone de Sermoise jusqu’à une crue bicentennale : une crue extrème dont la période de retour est estimée à 200 ans. Pour y parvenir, un programme PAPI (Programme d’Actions et de Prévention des Inondations) a été défini pour Nevers, ainsi qu’un ensemble de travaux sur les digues, élaboré par les services de l’Etat.
« La création d’un matelas d’eau côté val est la principale fonction de la zone de surverse. L’objectif est de diminuer le risque de rupture en cas de surverse par érosion régressive et ainsi d’assurer l’intégrité de l’ouvrage et éviter une entrée d’eau soudaine dans le val. » (note de la DDT de la Nièvre du 5 mai 2022)
Zone de surverse
A Sermoise-sur-Loire, le chantier de prévention des inondations (Pi) représente une des dernières étapes de ce programme d’action. Le projet consiste à abaisser la route digue domaniale sur un tronçon de 250 mètres, pour ensuite «créer une zone de surverse entre la digue route et le canal », explique Hubert Fallet. En cas de crue bicentennale, l’eau de la Loire, qui vient de l’Est, «pourra passer de l’autre côté de la route pour aller ensuite dans le canal, avant de ressortir de l’autre côté à l’Ouest. On évitera les risques de brêche de la digue», ajoute-t-il. La zone de surverse sera délimitée par deux merlons en terre, perpendiculaires au traçé de la route. L’ensemble suppose des travaux de terrassement entre la route et le canal, sur la future zone de surverse.
Ancienne décharge sauvage
Ce sont des déchets de toutes sortes, dont des déblais bitumineux et des restes d’hydrocarbures, qui ont d’abord été identifiés. A la suite de la première découverte par le prestataire de travaux, l’agglomération a décidé d’organiser des sondages systématiques sur toute la zone, soulevant une présence encore plus problématique : celle de plaques de fibro-ciment en amiante. Un premier chiffrage de la dépollution a fait frémir : de l’ordre de 2 millions d’euros, pour un chantier budgété à 4,5 millions hors dépollution. In fine, sur une surface d’environ 3000 m2, quelques 6000 m3 ont dû être évacuées, dont 1144 tonnes de déchets amiantés. Encore fallait-il trouver la solution technique et surtout, l’argent.

Chantier sur la zone surversante (crédit : agglo de Nevers)
Trouver une solution réglementaire et financière
Très vite, la direction de la transition écologique s’est rapprochée de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté, dont le Service Prévention des Risques (Département risques chroniques) a accompagné la collectivité sur les solutions de dépollution et leur cadre règlementaire. Ils ont été très réactifs, se réjouit le bloc communal. Deux premiers scénarios de dépollution ont été identifiés, raconte Mathieu Parmentier, chef du service Gemapi à l’agglomération de Nevers : tout enlever, ou bien tout laisser sur place avec un plan de gestion adapté, « ad vitam eternam ». Mais c’est une troisième solution, intermédiaire, qui a été retenue. Elle a consisté à évacuer les m3 les plus pollués, tout en laissant une partie des déchets, ceux les moins pollués, confinés sur place. «Le principe de travail avec la DREAL a été de prendre en compte la règlementation « sites pollués » pour proposer un protocole de dépollution. Ce protocole a été ensuite analysé par la DREAL. Il a fallu deux versions avant d’aboutir à une solution qui leur convienne et qui soit ensuite actée par arrêté préfectoral », précise l’intercommunalité. Ce travail a duré environ 3 mois. La Dreal avait ici un rôle de conseil et de validation.
Pour le volet financier, Hubert Fallet s’est tourné vers la Direction Départementale des Territoires (DDT), en tant que service déconcentré de l’Etat qui gérait les digues domaniales avant 2024. Fort heureusement pour l’agglomération de Nevers, la digue appartient à l’Etat, qui avait racheté le terrain pollué à la ville en prévision de l’aménagement anti-crues. Plutôt que de lancer une procédure judiciaire longue et hasardeuse pour retrouver et faire payer les anciens pollueurs, l’intercommunalité et les services de l’Etat ont opté pour une dépollution rapide. « Il y a avait une certaine urgence, parce qu’on avait déjà créé le seuil de surverse dans la digue », précise Hubert Fallet.
Dans un premier temps, l’Etat a décidé de prendre ses responsabilités, en activant le fonds Barnier pour financer 80% des travaux. Il restait tout de même 20% à financer, soit environ 400.000 euros. Mais où les trouver?

Future zone surversante (crédit : agglo de Nevers)
Ceinture et bretelles
Un autre mécanisme a permis à l’intercommunalité de ne pas avoir à supporter les 20% restants sur son budget. Il s’agit des plateformes locales qui on été mises en place, sur la Loire, par l’établissement Public Loire (EPL) pour accompagner les actions de PI des communes riveraines. « L’Etat avait donné une soulte de 30 millions d’euros pour finir les travaux |de rénovation ou confortement] sur les digues domaniales. Nous savions que Nevers pouvait escompter 1,3 millions de cette soulte », raconte le cadre territorial. Cette solution a été validée, juste avant l’été 2025.
Les terrassements de dépollution ont commencé en octobre 2025 et ils sont prolongés jusqu’en février 2026. Du fait de la présence de l’amiante, ils ont mobilisé un important arsenal de machines et de précautions (camions avec cabines pressurisées, unité mobile de décontamination et portiques de lavage des poids lourds assurant le transport…). Lors des analyses d’air réglementaires, « une seule poussière d’amiante a été trouvée », signale l’intercommunalité. Début mars, les travaux de création de la zone de surverse ont pu reprendre, avec la création d’une fosse de dissipation de l’énergie et des deux merlons pour encadrer la zone de surverse. Le chantier devrait être terminé en avril, soit seulement un mois et demi de retard par rapport au planning.
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