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Digue urbaine d’Auchel : Rennes évite la mise à sec

Retour d'expérience


illustration Digue urbaine d’Auchel : Rennes évite la mise à sec

Le premier gros chantier « gémapien » de la métropole de Rennes a débuté : 550 mètres de digue à rénover et réhausser, pour protéger la ville contre les crues de la Vilaine. Une mise à sec était programmée pour conduire les travaux. C’était sans compter sur les crues de l’automne 2019 et sur les nouvelles instructions sur la continuité écologique.

Sur les palplanches trentenaires de la digue d’Auchel, quelques graffitis se détachent, peints en blanc. Les élodées invasives du Canada ont disparu, ces plantes ayant été arrachées par le courant. Les crues de la Vilaine se sont en effet succédées depuis l’automne 2019. Sans gravité, elles ont empêché la mise à sec de ce tronçon de la rivière, le bief du Comte, qui était programmée en concertation avec la région Bretagne pour conforter la digue.

Ne disposant pas de l’autorisation d’abaissement pour l’hiver suivant (2020/2021), la métropole de Rennes, autorité « gémapienne » depuis 2018, a dû changer sa méthode de travaux. Et le chantier a finalement débuté, avec trois mois de retard.

Conforter et rehausser la digue

Construite en 1986 sur 550 mètres de long, la digue d’Auchel protège un quartier dense d’immeubles, sur un tronçon canalisé de la Vilaine faisant partie du bief du Comte. Cette digue est bordée en amont par le pont Robert Schumann et en aval, par un pont ferroviaire. D’après les modélisations effectuées lors de l’étude de dangers de 2016, bien que la digue ait été conçue pour un retour de crue de 100 ans, « elle ne protège que pour un retour de 80 ans », nous explique Thomas Billebeaud, conducteur d'opérations à la Direction de l'Espace public et des Infrastructures de la métropole rennaise. L’état des murs de palplanches est aussi dégradé. D’où la décision, votée en 2018 par les élus locaux, de conforter la digue et de la rehausser de 20 cm. Budget du chantier, études et aménagements paysagers inclus : presque 6 millions d’euros.

La mise à sec écartée

Le projet de confortement, pour lequel un marché a été notifié en 2019, prévoit un rideau mixte de quelques 350 pieux et 700 palplanches sur le tronçon principal de la digue. La majorité de ce « rideau mixte » devait être installée depuis une barge flottante. Le projet prévoyait aussi, au niveau du pont Schumann, un « mur poids » de protection devant notamment maintenir les réseaux enterrés sous le pont de halage.

La difficulté est qu’un mur poids nécessite de travailler depuis le bas du pont et donc de mettre la portion canalisée de la Vilaine à sec durant les travaux. Cette mise à sec concerne le Bief du Comte sur une longueur de 3,3 km. L’abaissement avait un autre avantage théorique : diminuer les nuisances sonores liées aux engins, dès lors qu’ils opèreraient depuis le lit de la rivière. Cette mise à sec est cependant soumise à plusieurs contraintes : pour limiter son impact sur la continuité écologique (reproduction des poissons) et sur le trafic fluvial, elle n’est autorisée qu’entre novembre et mars. Fait nouveau, la région Bretagne, gestionnaire des voies navigables Vilaine et Canal d’Ille et Rance, a décidé de rationaliser ces abaissements : ils ne sont désormais autorisés qu’en cas d’absolue nécessité, suivant une programmation pluriannuelle. Or la ville de Rennes avait demandé et obtenu l’abaissement du bief du Comte pendant les trois hivers précédant la saison 2019 / 2020, mais pas pour l’hiver 2020 /2021.

La suite nous est expliquée par Thomas Billebeaud de la Métropole de Rennes et par Eléonore Nadan, de la Direction des voies navigables à la Région Bretagne.

Thomas Billebeaud, pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé avec la vidange de ce tronçon de la Vilaine ?

T.B. La mise à sec a commencé le 4 novembre 2019, alors qu’il y avait eu des pluies exceptionnelles peu de temps avant. On a réussi à abaisser le cours d’eau assez vite pendant trois jours, mais les pluies ont recommencé et il a été impossible de continuer. Le chantier n’a donc pas pu démarrer. Auparavant la Région Bretagne, en tant que gestionnaire de la voie navigable, nous avait indiqué qu’un abaissement l’hiver suivant (2020/2021) était difficilement envisageable. Nous avons donc dû trouver une autre solution.

Vous étiez-vous préparé à ce scénario ?

T.B. Oui, l’entreprise de travaux était au courant du risque de décalage, c’était écrit noir sur blanc dans le marché. Ils ont joué le jeu. Du côté de la maîtrise d’œuvre c’était plus simple, car il s’agit d’un marché avec obligation de résultat qui court sur 7/8 ans.

Eléonore Nadan, quelle est la doctrine de la Région Bretagne sur ces abaissements ?

E.N. La région, en tant que gestionnaire des voies navigables bretonnes dont la Vilaine et le Canale d'Ille et Rance, a une politique volontariste pour diminuer la fréquence des abaissements autant que possible, pour des raisons de continuité écologique (préserver le cycle des poissons, brochets en particulier) et pour l’acceptabilité par le public. Cela ne veut pas dire que nous interdisons les mises à sec, mais que nous les limitons au strict nécessaire.

Comment procédez-vous pour rationaliser les abaissements ?

E.N. Nous établissons un planning pluriannuel des abaissements sur 4 ans. Ce planning est révisé tous les ans, après concertation avec l'ensemble des partenaires (collectivités, associations sportives, propriétaires riveraines, etc.). La concertation permet d’expliquer notre stratégie environnementale et de programmer les abaissements en fonction des besoins mutualisés, l'objectif étant d'encourager les partenaires à programmer leurs travaux sur les périodes où des abaissements ou vidanges sont déjà programmés, afin de limiter leur nombre et en mutualisant les périodes de travaux sur un même bief.

Comment cela se traduit-il sur le bief du Comte et la digue Auchel ?

E.N. Le bief du Comte avait été abaissé ou vidangé les quatre hivers précédents (2 vidanges et 2 abaissements), à la demande de la Ville puis de la Métropole, pour des travaux sur d’autres portions que la digue d’Auchel. Lors de la concertation en 2019, nous avons alerté la Métropole sur le fait que nous ne pourrions pas les suivre tous les ans et qu’il faudrait désormais affiner les méthodes de travaux pour limiter les abaissements. La Métropole nous a répondu en nous désignant un interlocuteur privilégié et en nous fournissant leurs besoins d’abaissement sur les 4 prochaines années.

Thomas Billebeaud, comment avez-vous fait une fois dès lors que l’abaissement du bief est devenu impossible sur les hivers 2019 puis 2020?

T.B. Nous nous sommes d’abord mis autour de la table avec la Région et les représentants de l’Etat. Il fallait refaire la méthodologie des travaux.

Quelle solution a été décidée ?

T.B. Nous avons découpé le chantier par secteurs. En amont du pont, le secteur n’est pas en protection des inondations, car il y a un mur maçonné derrière. Plutôt que d’intervenir depuis le lit de la Vilaine, Nous avons créé une plateforme de travail terrestre et un gabarit pour de la grande manipulation. Ce chantier vient de débuter. A notre bonne surprise, on réussit à déstructurer les rochers sans battre les palplanches et sans faire trop de bruit ; uniquement par vibrofonçage et trépan.

Et sur le tronçon principal ?

T.B. Le rideau mixte pieux palplanches sera installé par une barge flottante, en avril ou en octobre. Le planning reste à caler avec la Région. Nous aurons des gabarits de travail de grande taille, avec des pieux qui mesurent jusqu’à 14 mètres et il faudra faire attention au trafic des péniches de plaisance.

Quelle technique allez-vous utiliser ?

T.B. Nous sommes en milieu urbain dense et la technique de battage est trop bruyante. L’idée est de vibrofoncer au maximum les pieux avant d'utiliser un outil de déstructuration du rocher de type trépan ou marteau "fond de trou".

Sur un des ponts, comment allez-vous faire sans mise à sec et donc sans mur poids ?

T.B. Le principe du mur poids est celui d’un mur qui tient par son propre poids avec un lestage « naturel ». Nous avons refait des sondages qui montrent qu’on peut se passer du mur poids. D’une part la culée du pont descend vraiment jusqu’aux rochers et joue le rôle de protection. D’autre part, les réseaux enterrés sous le chemin de halage ne le sont pas autant que nous le craignions. L’idée aujourd’hui serait d’avoir une passerelle en encorbellement en béton, qui viendrait protéger les réseaux et maintenir le chemin de halage. Cette partie du chantier pourrait débuter en mars.

Ce changement de méthode s’est-il décidé facilement ?

T.B. Cela n’a pas été sans poser de problème pour nous qui avions passé 3 à 4 ans à faire une conception sur des hypothèses qui sont aujourd’hui modifiées. Mais c’est comme ça et nous avons trouvé une solution. L’entreprise de travaux a joué le jeu, ils ont été force de proposition. Nous avons réussi à rester dans l’épure financière du projet.

Qu’en est-il des autorisations des systèmes d’endiguement ?

T.B. Nous nous appuyons sur les études de danger réalisées par la Ville avant le transfert de compétence à la Métropole. Ces études avaient permis de définir les objectifs de niveau de protection, la digue d’Auchel étant de catégorie B. Mais la digue fait partie d’un système d’endiguement plus large, qui est en cours de régularisation dans le cadre de la réforme. L’étude globale des systèmes d’endiguement de la Métropole va démarrer, puisqu’elle vient d’être notifiée. C’est une grosse étude, de presque un million d’euros. Elle doit se terminer fin 2022.

 

CONTACTS :

Thomas Billebeaud
Ville de Rennes – Rennes Métropole
Pôle Ingénierie et Services Urbains - Direction de l'Espace public et des Infrastructures
Conducteur d'opérations
t.billebeaud@rennesmetropole.fr

 

Eléonore Nadan
Cheffe de subdivision Vilaine Canal d'Ille et Rance
Région Bretagne I Rannvro Breizh
Direction des voies navigables (DVN)
Eleonore.nadan@bretagne.bzh

Contributeur

thibault lescuyer

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