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Prévision de crue et alertes : ces syndicats mixtes qui complètent Vigicrues (2/2)

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illustration Prévision de crue et alertes : ces syndicats mixtes qui complètent Vigicrues (2/2)

Pour mener à bien leurs missions de surveillance des cours d’eau, les syndicats mixtes en charge de la prévention des inondations (la PI de la GEMAPI) mettent en place des plateformes de supervision et de visualisation des données. Les plateformes facilitent la gestion des crues et l’information aux communes.

Cet article complète un premier article sur l’instrumentation des cours d’eau et la modélisation des crues par les syndicats intercommunaux.

 

Sur le site web du syndicat mixte Rivières de Haute Alsace (RHA), un syndicat actif sur l’ensemble des cours d’eau du Haut Rhin, un lien assez inhabituel pour un site de gestionnaire « gémapien » attire l’œil. Intitulé « notre site de prévision des crues »  il permet d’accéder à une application web cartographiée qui offre une visualisation (sous ArcGIS) de l’ensemble des stations hydrométriques du bassin versant de l’Ill : elles sont une trentaine de stations, dont environ 10 sont gérées par RHA en particulier pour ses systèmes d’avertissement local (SDAL) et 20 sont exploitées par le Service de Prévision des Crues (SPC) pour Vigicrues. Le site web, développé en 2011 par la société suisse Hydrique à la demande du conseil départemental, permet de connaître pour chaque station, les débits observés et/ou prévisionnels. « Notre site fournit des prévisions de débit, de hauteur et de pluie jusqu’à 10 jours à l’avance. Il n’a pas vocation à se substituer à Vigicrues, mais il est indispensable à la gestion de nos ouvrages tels que les barrages et les digues », explique Olivia Ghazarian, la directrice de RHA. L’application permet également de connaître les hauteurs d’eau de plusieurs réservoirs et les lâchers d’eau des barrages situés sur les cours d’eau vosgiens. Il offre deux modes de lecture, avec une vision « grand public » et une vision « expert » utilisée par les intercommunalités adhérentes et par le personnel d’astreinte du syndicat.

 


Vue du site de prévision des crues de RHA

 

A l’instar du syndicat RHA, les grosses structures intercommunales en charge de la prévention des inondations sont de plus en plus nombreuses à avoir mis en place une plateforme numérique de supervision locale des crues. Ces plateformes centralisent les données réelles observées par les stations hydrologiques (hauteur d’eau et/ou débit) et quand elles sont disponibles, des données prévisionnelles, avec des politiques de mise à disposition de données qui varient suivant les acteurs.

Supervision du SMIAGE
La plateforme de supervision du SMIAGE impressionne par le nombre de capteurs qui l’alimentent en données : environ 300 capteurs, en additionnant les 90 capteurs exploités en régie et ceux (sondes, radars, caméras) qui sont exploitées par les autres acteurs, dont le SPC pour Vigicrues et plusieurs communes équipées de caméras. Probablement un record en  France, qui s’explique par l’historique des crues soudaines sur un bassin versant durement frappé par des épisodes de pluie méditerranéens. Depuis le début de l’année 2026, la plateforme intègre aussi des prévisions de débit fournies par le modèle hydrologique pluie débit GRP de l’INRAE.

 


Vue partielle du superviseur du SMIAGE 

 

Intégrer les données prévisionnelles
« Nous avons développé un module pour la visualisation du débit 24 heures à l’avance. Ces données ne sont accessibles qu’à nos équipes d’astreinte » (en période d’orage ou de crue), explique Raphaëlle Dreyfus, contrairement aux données réelles, qui sont accessibles aux intercommunalités.

Sur les bassins versants du SMIAGE, où les orages et les régimes torrentiels réservent leur lot de surprise, les prévisions sont des fourchettes de débit pouvant être assez larges (90 à 200 m3/seconde par exemple). Il serait donc dangereux, estime le syndicat mixte, de les partager aux intercommunalités sans diagnostic humain préalable. « Le rôle de nos SDAL est de transmettre une information expertisée et non une information brute », souligne Raphaëlle Dreyfus. Les intercommunalités adhérentes et leurs communes peuvent donc accéder à l’application centralisée, mais ils n’ont qu’une vue partielle, limitée aux données observées et à celle des pluviomètres virtuels.

 


Vue du superviseur du SMIAGE, incluant son volet prévisionnel 

 

Vigie Durance Inondation
Autre exemple cette fois sur la Durance et ses affluents. La nouvelle plateforme du SMAVD, baptisée « Vigie Durance Inondation » permet de visualiser, à l’échelle du bassin versant, les pluies mesurées au sol et par radar, les débits observés aux stations hydrométriques (SPC, EDF et SMAVD), ainsi que les indicateurs d’humidité des sols. « Ces informations sont restituées sous forme de cartes, de graphiques et de tableaux, offrant une lecture synthétique et dynamique de la situation. En fonction de ces données, l’outil permet d’ores et déjà d’afficher un niveau de vigilance pour chaque sous bassin versant et améliore ainsi grandement les vigilances Météo-France éditées à l’échelle de Départements entiers » explique Zoran Kaufmann, Ingénieur Hydraulicien au SMAVD (cité dans le rapport d’activité 2026 du SMAVD). Actuellement, cette plateforme n’est pas accessible directement aux intercommunalités, ni à la population. Elle reste un outil interne au SMAVD, qui facilite sa gestion des crues. Les informations sont transmises aux membres du SMAVD et à la demande, aux gestionnaires de crise inondation par les agents d’astreinte du syndicat.

 


Vue du superviseur du SMAVD

 

Atlas dynamiques des inondations

Parallèlement aux outils de visualisation des crues réelles, certains syndicats intercommunaux ont développé des cartes et des représentations graphiques des scénarios de crue (et de ruptures de digues) consultables toute l’année. Le SMAVD a ainsi développé depuis 2016 un atlas dynamique des inondations. Cet outil permet aux communes et intercommunalités de visualiser sur papier ou en ligne, l’emprise des inondations à attendre pour un débit donné, les routes à sécuriser, les hauteurs d’eau dans les zones à enjeux. Autrement dit, l’atlas fait le lien entre les hauteurs d’eau ou débits et les conséquences potentielles sur le terrain.

 De son côté le SYMADREM a mis à disposition du grand public la cartographie des modélisations réalisées dans le cadre des études de dangers. On y trouve la reconstitution des emprises d’inondation des évènements historiques et la possibilité de rentrer une adresse pour visualiser les hauteurs d’eau pour les différentes crues. Comme pour l’atlas dynamique du SMAVD, ces cartes ne sont pas alimentées directement par les données des stations limnimétriques du syndicat.

 

 

Informer les élus locaux en période de crue
En complément de ces outils de supervision et de visualisation, les gestionnaires de la Prévention des Inondations mettent en place des dispositifs d’information ou d’avertissement destinés aux communes en période de crue. Deux types de dispositifs peuvent être distingués. Les premiers concernent spécifiquement les systèmes d’endiguement. En période de crue les gestionnaires d’ouvrages (syndicats mixtes ou intercommunalités gémapiennes) doivent obligatoirement transmettre aux maires concernés par les emprises des zones protégées des informations sur l’état des ouvrages et sur les dépassements des niveaux de protection. Il s’agit de leur permettre d’anticiper des débordements et des risques de rupture de digues, en faisant le lien avec les plans communaux de sauvegarde. Les moyens utilisés reposent souvent sur des automates d’appels ou de sms.

Le SYMADREM par exemple a établi 5 « seuils d’alerte » pour la surveillance de ses digues en période de crue. Les seuils sont fixés en débits (m3/seconde) prévisionnels, au niveau de la station du SPC à Tarascon. Les actions que chaque seuil déclenche sont définies dans le Plan de Gestion des Ouvrages en Période de Crues, un plan associé au document d’organisation, document réglementaire qui est exigé pour chaque système d’endiguement. Le système d’avertissement en lui-même est un automate d’appels. Il est utilisé pour transmettre des messages vocaux et sms au personnel du SYMADREM et aux services de sécurité civile (communes, SDIS, services de l’Etat).

Mais l’automatisation n’est pas totale, explique Leslie Salvan, puisque chaque envoi en masse nécessite une validation par la direction du SYMADREM, qui prend en compte le débit prévisionnel, la cinétique de crue et le contexte, en particulier les prévisions météo sur les bassins versants amont. Le filtre humain permet d’éviter de déclencher la surveillance associée au niveau d’alerte supérieur, quand par exemple la météo annonce une absence de pluie intense dans les prochains jours et que les prévisions de débit indiquent que le plateau de crue a été atteint… 

Au niveau des communes, ces alertes sont à intégrer dans les Plans Communaux de Sauvegarde (PCS) gérés par les édiles. Les actions liées à la protection des populations sont pilotés exclusivement par les communes.

Systèmes d’avertissement optionnels
Au-delà de ces dispositifs portant sur les systèmes d’endiguement, certains gestionnaires en charge de la Prévention des Inondations mettent en place des systèmes locaux d’avertissement aux communes, en particulier dans le cadre des SDAL. La mise en place de ces dispositifs n’est pas obligatoire, elle découle des choix des élus locaux.

Dans les Alpes maritimes, les communes disposent d’un accompagnement de la société PREDICT Service, par le biais d’un marché public passé par le SMIAGE depuis 2018 (1). La Vigie PREDICT avertit les municipalités à l’avance en cas de risque météorologique et les accompagne à la prise de décision en gestion de crise (déclenchement du PCS, armement du centre d’accueil, évacuation d’un camping..). L’avertissement fait l’objet d’un appel et d’un brief par un ingénieur d’astreinte. Le SMIAGE, de son côté, procure des avertissements aux communes dans le cadre de ses systèmes d’avertissement local (SDAL). Les équipes d’astreinte appellent une à une les communes concernées par un dépassement de seuil au droit d’une station de mesure hydrométrique. La procédure, formalisée par les procédures d’astreinte, implique un contact téléphonique par le veilleur hydrométéo, qui détaillera la situation à l’astreinte de la commune ou directement au maire.

Alerter ou avertir
Dans le vocabulaire de l’Etat et de la DGPR, le « A » de SDAL renvoie à l’avertissement, ce qui permet de distinguer les SDAL des services nationaux d’alerte et de la «chaîne d’alerte » étatique associée à la gestion de crise, qui associe les préfectures aux mairies. Dans les faits, les deux termes sont souvent utilisés comme des quasis synonymes dans les publications des acteurs locaux…Pour autant, ce sont bien les préfets et les maires qui sont responsables d’alerter les populations pour garantir leur sécurité, et non les gestionnaires d’ouvrages.

Diversité des mots, diversité des dispositifs instrumentés. Elle reflète la diversité des enjeux locaux et des stratégies des syndicats intercommunaux. Certaines structures assument une mission centrale de surveillance et d’avertissement local auprès des communes et intercommunalités, tandis que d’autres syndicats restent plus centrés sur la GEMAPI, laissant aux services de l’Etat (dont Vigicrues et Vigicrues Flash) le soin de répondre aux besoins d’alerte et de vigilance liés aux crues.

 

AUSSI A LIRE : le premier article sur les services locaux de surveillance et de prévision - L'article sur Vigicrues Flash.

 

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  1. L’accès à Predict Service dans les Alpes Maritimes est financé par le Département avec l’appui d’un programme de financement GIRN (FEDER, FNADT_CIMA, Région).

 

Contributeur

thibault lescuyer

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