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VIGICRUES FLASH : informer sur le risque de crue soudaine

Article de journal


illustration VIGICRUES FLASH : informer sur le risque de crue soudaine

Déployé par l’Etat depuis 2018, le « petit frère » de Vigicrues, Vigicrues Flash, procure un avertissement sur les risques de crue soudaine pour des petits cours d’eau qui ne sont généralement pas suivis par Vigicrues. 39.000 km de cours d’eau sont couverts.

Sur la page d’accueil du site Vigicrues, juste en dessous de la carte de l’hexagone un rectangle attire l’œil. Ecrit en grosses lettres : « Vigicrues Flash ». Un clic emmène le visiteur sur une page dédiée au service de « détection automatique du risque de crue soudaine ». Il suffit de rentrer le nom de sa commune pour vérifier si l’un des petits cours d’eau présents sur son lieu de résidence est couvert. En juin 2026, sur les quelques 35.000 communes de France, 11.400 étaient concernées. Le dispositif visuel se distingue des quatre niveaux de vigilance habituels utilisés par Vigicrues et Météo France (rouge orange jaune vert). Ici trois couleurs sont mobilisées : rose pour un risque de crue très forte, marron pour un risque de crue forte et gris quand le service est indisponible. Le choix d’avoir deux niveaux de vigilance découle du modèle hydrologique, qui a été simplifié par rapport à celui de Vigicrues.

 

Vue du site internet Vigicrues Flash - https://apic-vigicruesflash.fr/

 

« Vigicrues Flash est un service complémentaire de Vigicrues, pour des petits cours d’eau où il existe un risque de crue soudaine, en général ce sont des cours d’eau réactifs aux pluies intenses», explique Mathias Daubas, le Chef du Pôle Modélisation et Hydrologie Opérationnelle au Service central Vigicrues (ex SCHAPI). Les deux systèmes se complètent. « On peut être sur une vigilance jaune [ le premier niveau de vigilance] sur un cours d’eau principal suivi par Vigicrues et pourtant être sur un risque de crue forte à très forte sur un de ses petits affluents ».

 

Abonnement gratuit
Accessible librement via le site Vigicrues, Vigicrues Flash fait aussi l’objet d’un service d’abonnement gratuit – comme le Vigicrues « de base » - réservé aux communes, intercommunalités, gestionnaires de crise et opérateurs de réseau. L’abonnement permet d’être alerté, entre 3 heures et 12 heures à l’avance, sur un risque statistique de crue (risque de crue forte ou très forte) pour les cours d’eau de sa commune. En mars 2026 le service totalisait environ 2200 abonnés, dont une grosse majorité de communes. Chaque abonné.e (maire ou référent.e salarié.e) reçoit automatiquement une alerte par mail ou par sms, quand le système calcule l’atteinte d’un des deux seuils (en débit) associés aux tronçons de rivière. L’idée est de permettre aux communes de mieux anticiper sur le déclenchement éventuel de leur Plan Communal de Sauvegarde et sur le déploiement des moyens de surveillance ou de prévention (installation de batardeaux, fermetures d’axes de circulation…). Vigicrues Flash est aussi complémentaire de l’avertissement pluies intenses APIC, proposé par Météo France aux communes, également sur abonnement gratuit.

 


Crue sur le Giers (crédit France Digues)

 

Modèle hydrologique simplifié
La logique de conception de Vigicrues Flash fait à la fois sa beauté et sa limite. La volonté de départ est de fournir des avertissements prévisionnels de risque de crue pour des cours d’eau qui ne sont pas équipés en station de mesure des hauteurs d’eau. Autrement dit, sur des cours d’eau non instrumentés en stations hydrologiques, contrairement à ceux de Vigicrues ou à ceux d’un service d’avertissement local (SDAL). Cette logique explique le recours à un modèle hydrologique simplifié. Le modèle estime les débits en reliant la pluviométrie observée fournie par Météo France à des paramètres fixes des cours d’eau et aux statistiques disponibles. « Les paramètres ont été réduits : nous utilisons un modèle à deux réservoirs du sol et le temps de réaction du cours d’eau », explique le service central Vigicrues. Deux seuils de risque de crue (forte et très forte) correspondant à deux périodes de retour estimées (5 ans et 20 ans) sont définis pour chaque tronçon.

Ce modèle a déjà permis de couvrir quelques 18.000 tronçons de petit cours d’eau. Mais en sont exclues, pour le moment, la plupart des zones karstiques, caractérisées par des processus d’infiltration des eaux spécifiques, les petits cours d’eau très influencés par la couverture neigeuse de montagne ainsi que les secteurs où la présence d’un ouvrage de stockage important (retenue d’eau, barrage) perturberait la fiabilité des prévisions.

 

« Tout l’intérêt de Vigicrues Flash est de faire de la détection sur des petits cours d’eau non instrumentés, où on n’a pas de la donnée en temps réel ». Mathias Daubas.

 

 

Extension de la couverture
Le service Vigicrues Flash a été mis en place à partir de 2018 de manière expérimentale, avant qu’une version consolidée en 2021 le rende opérationnel. La couverture est ainsi passée de 5000 communes aux 11.400 communes actuelles, avec une extension progressive qui se poursuit. «Nous voulons ouvrir Vigicrues Flash sur des zones qui sont « qualifiées » dans le sens de la qualité de service », ajoute Mathias Daubas. Autrement dit, il n’est pas question d’étendre le service sur des secteurs où le modèle hydrologique n’est pas adapté et déclencherait des alertes inappropriées.

D’ici 2030, la direction générale de la prévention des risques (DGPR) du ministère de la transition écologique, à laquelle est rattaché le service central Vigicrues, voudrait offrir un service de vigilance pour l’ensemble des cours d’eau du pays, petits et grands. « L’idée est d’avoir toutes les communes couvertes soit par Vigicrues classique soit par Vigicrues Flash. Vigicrues Flash qu’on pourrait compléter avec de la prévision des pluies pour une vigilance à 24H, au lieu de 6 à 12H pour les petits bassins actuellement », indique Mathias Daubas. Le projet est conditionné à la capacité de faire évoluer le modèle pour le rendre plus fiable sur les configurations les plus difficiles (zones karstiques et de montagnes…).

 

Articulation avec les SDAL
Alors que parallèlement des syndicats mixtes ont développé ou développent des services locaux d’avertissement (SDAL), n’y a-t-il pas un risque de faire double emploi ? «Ce sont des services complémentaires. Pour l’instant, les SDAL sont sur des zones qu’on ne couvre pas et ils sont peu nombreux. Quand on sera sur des extensions de service où un SDAL est présent ou prévu, on se posera la question de l’articulation Vigicrues Flash / SDAL avec les intercommunalités et les référents départementaux Inondation (RDI) des Directions départementales des Territoires (DDT)» explique Mathias Daubas.

Outre la coordination avec les SDAL et leurs gestionnaires locaux, un autre défi est d’apporter une meilleure notoriété au service Vigicrues Flash. Les services de l’Etat estiment que le service peut gagner en visibilité et en nombre d’abonnés, en capitalisant sur la forte notoriété de son grand frère. En 2024, Vigicrues a suscité 18 millions de visites. Cette forte fréquentation peut servir de tremplin à Vigicrues Flash, au service d’une meilleure anticipation, plus locale, des phénomènes de crue.

 

 

Contributeur

thibault lescuyer

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