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Ardennes : la digue du port de Givet, un chantier d’ampleur au bord de la Meuse
Article de journal
C’est le point faible du système d’endiguement de Givet. La digue du port, qui appartient à l’Etat, va être rénovée par la communauté de communes et son maître d’ouvrage délégué, l’EPAMA.
22 millions d’euros, titre le journal l’Ardennais dans un article daté du 16 septembre consacré à la digue du port de Givet. Le journal annonce la décision, votée par la communauté de communes Ardenne Rives de Meuse le 10 septembre, de valider un des scénarios de confortement de cette digue, qui fait partie du système d’endiguement de la ville située en bord de Meuse. Les élus locaux ont opté pour le scénario de rénovation le plus ambitieux, parmi ceux qui ont été élaborés via l’étude d’avant-projet (AVP), terminée en juillet dernier. En 2023, l’intercommunalité avait obtenu un premier financement de l’Etat pour une partie des travaux. Il reste à trouver des financements complémentaires et pour le maître d’ouvrage délégué, l’Etablissement public territorial de bassin EPAMA, à embrayer sur l’étude de projet.

Port de Givet (crédit : EPAMA)
Point faible du système
A l’origine, la seule fonction de la digue du port de Givet était de faciliter la navigation entre la Meuse à son canal. Le port fluvial, accessible aux barges de grand gabarit, s’étend sur 33 hectares à proximité de la frontière avec la Belgique. Mais suite aux crues de 1993 et 1995, ayant entraîné des ruptures dans l’ouvrage ainsi que des inondations, l’ouvrage a été réparé puis réhaussé, en 2005, avec un rôle additionnel de prévention des inondations. « Il y a alors eu une double gestion de la digue entre Voies Navigables de France (VNF) et la ville de Givet», raconte Thibaut Villa, Chef de projets ouvrages d'art à l’EPAMA. L’EPAMA assure la maîtrise d’ouvrage en délégation depuis octobre 2024.
Mais depuis 2005 plusieurs études géotechniques, dont la plus récente est l’étude de criticité de 2023, ont mis en évidence des risques sérieux d’érosion. «La digue est faite de remblais sablo-limoneux. Les études se rejoignent sur le fait qu’il y a un risque important. Sur ses 10 tronçons, 8 ont un risque d’érosion interne », explique le chef de projets. Cette situation a conduit les services de l’Etat, en décembre 2023, à diminuer d’un mètre vingt (1,20 m) le niveau de protection réglementaire du système d’endiguement. La décision a été officialisée dans l’arrêté préfectoral de régularisation. Elle signifie que le niveau de protection est réduit aux crues de période de retour d’environ 15 ans maximum. Parallèlement, l’Etat a demandé que des travaux de confortement soient réalisés dans les 5 ans suivant la publication de l’arrêté.
Digue domaniale transférée en gestion
Longue de 2,5 km, la digue du port de Givet n’est pas une digue comme les autres : elle fait partie des digues qui appartiennent à l’Etat (digues dites domaniales) et dont la gestion a été transférée en janvier 2024 aux autorités gémapiennes, conformément aux dispositions de la Loi MAPTAM de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles. Au départ, les élus intercommunaux de Givet s’étaient opposés à ce transfert, en raison du mauvais état de l’ouvrage. Mais en 2023, une « soulte » de l’Etat a été versée, d’un montant de 8,8 millions d’euros, correspondant aux travaux de rénovation identifiés dans l’arrêté préfectoral. Une convention de gestion de la digue a été signée entre l’Etat, VNF et l’intercommunalité qui est devenue la seule gestionnaire de l’ouvrage au titre de la Prévention des Inondations (la « PI » de la compétence GEMAPI). Sauf que le financement de l’Etat correspond à un projet plus modeste que celui voté par les élus en septembre 2026.

Digue du Port de Givet (crédit : EPAMA)
Protection ambitieuse
« Le scénario retenu vise une protection centennale, sur la base du Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) de 2022, avec un objectif de rénovation plus large que celui prévu dans l’arrêté préfectoral », explique Thibaut Villa. Les travaux autorisés par l’arrêté préfectoral de 2023 ne concernent que quelques tronçons jugés les plus critiques (quatre sur dix). « Le scénario retenu va bien au-delà en étudiant la résistance de l’ensemble de l’ouvrage, suivant les recommandations du CFBR, le Comité Français des Barrages et Réservoirs (états limites ultimes de rupture de digue) et en corrigeant les tronçons où les coefficients de sécurité ne sont pas respectés ». Les tronçons où ces mêmes coefficients, bien que respectés, sont limites, « seront aussi renforcés, afin d’assurer une pérennité de l’ouvrage sur le moyen/long terme », ajoute l’EPAMA. Ces travaux inclueront probablement des poses de palplanches et d’enrochements.
A projet plus ambitieux, budget plus conséquent. Le coût total du projet étant désormais estimé à 22 millions d’euros, l’intercommunalité et son MOA délégué, l’EPAMA vont devoir trouver des financements complémentaires auprès de l’Etat et de l’Europe, en particulier. Cette recherche est pilotée par l’EPAMA.
En parallèle, l’étude de projet a commencé début octobre et devrait se dérouler jusqu’en janvier 2027. Elle est confiée au maître d’œuvre concepteur de l’étude AVP, le bureau d’études agréé ISL ingénierie.
Les castors influencent le calendrier
Quant au calendrier prévisionnel des travaux, il dépendra en partie de la présence de castors sur la digue. « Il y a une forte présence de castors sur la digue. Nous prévoyons de déposer un dossier de demande de dérogation aux espèces protégées », indique Thibaut Villa. Le dossier s’appuiera sur une étude environnementale dite « 4 saisons » et sur des choix de compensation définis en accord avec les services de l’Etat, conformément à la séquence « Eviter, Réduire, Compenser » (ERC).
Lors du conseil communautaire de septembre, les élus ont évoqué une alternative entre un calendrier resserré sur 16 mois et un autre calendrier qui serait étalé sur 3 ans, en trois campagnes hivernales. D’après l’EPAMA, le calendrier plus resserré est réalisable, dès lors que les mesures de compensation sont réalisées préalablement aux travaux et grâce l’étroite collaboration qui existe avec les services de l’Etat (DREAL et DDT).
Le démarrage des travaux pourrait intervenir début 2028.
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