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Roussillon : les nouvelles digues du Réart se matérialisent

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illustration Roussillon : les nouvelles digues du Réart se matérialisent

Le Réart, c’est un petit cours d’eau qui peut devenir torrentiel et inonder la plaine en aval. Face aux risques de crue, le syndicat mixte du bassin versant du Réart (SMBVR) a lancé cet été des travaux de grande ampleur sur ses digues. Entre les reptiles à protéger et la dépollution des ouvrages, le chantier fait face à des contraintes multiples. Avec une innovation intéressante : un mélange sol ciment local.

En 1992, année de la crue de référence du Réart, le débit de la rivière avait taquiné les 900 m3/seconde à Saleilles, une commune faisant partie de la communauté urbaine de Perpignan. 30 ans plus tard, les pluies se font rares dans la région, mais le risque de crue n’a pas disparu, en particulier sur les communes de Saleilles et Théza. Et c’est sur des sols secs et poussiéreux que les engins et les conducteurs de travaux s’activent, depuis juin 2026. L’objectif est de reconstruire un système d’endiguement robuste, en construisant des digues, en partie déversantes, sur un linéaire total de 3,4 km, afin d’atteindre une protection contre les crues vicennales (20 ans de période de retour). Pour le syndicat mixte des Bassins Versants du Réart, de ses affluents et de l’Etang de Canet-St Nazaire (SMBVR), il s’agit de son plus gros projet de « Prévention des Inondations ». Le chantier, dont le coût est fixé à 11 millions d'euros (1), devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2027. Isabelle Perrée, chargée de mission Prévention contre les inondations au syndicat Mixte, a accepté de répondre aux questions de France Digues.


Vue du chantier sur le Réart (crédit SMBVR)

 

Temps de préparation long
Un chantier, cela se prépare. A partir d’avril, il aura fallu deux mois avant le début de la construction des digues, pour débroussailler et décaper la terre, enlever les premiers enrochements déjà en place, prendre en compte la biodiversité… Et gérer les imprévus, notamment refaire le bornage des parcelles foncières. Une partie des bornes délimitant des parcelles acquises il y a longtemps par la collectivité locale, avaient disparu ou n’étaient plus visibles. L’intervention d’un géomètre expert a été nécessaire, pour replacer les bornes et vérifier dans un même temps la topographie.

Un autre préalable a été l’adaptation des réseaux d’irrigation et de gaz qui traversent le Réart. Sur le volet gaz, « Nous dépendons de GRDF, qui réalise en interne les études et travaux de dévoiement. Ils  attendaient d’avoir les plans d’exécution des travaux pour lancer leur étude. Ils nous avaient annoncé un délai de 8 mois.», explique Isabelle Perrée.

 


Début des travaux en juillet 2026 (crédit : SMBVR)

 

Sur le volet environnemental, plusieurs facteurs sensibles ont nécessité un renfort de précautions en début de chantier : la présence de très nombreux reptiles, qu’il a fallu capturer pour les relâcher dans des secteurs sans dangers, ainsi que l’occupation de certaines berges par des oiseaux protégés, les guêpiers d’Europe. Un écologue, missionné en assistance à maîtrise d’ouvrage était sur le terrain. « Nous avons mis le paquet sur les espèces protégées, nous nous savions très attendus par les services de l’Etat », assure Isabelle Perrée.

Trois plateformes pour le chantier
Un autre préalable a été la préparation et la mise en service des trois plateformes nécessaires au chantier. La première accueille des ateliers de concassage/criblage et de réduction d’enrochements, pour pouvoir réutiliser ceux qui étaient déjà en place. Une seconde plateforme sert au tri et au criblage des autres matériaux prélevés sur les anciennes digues (terre, déblais…), certains devant être réutilisés. La troisième plateforme permet d’enfouir les espèces végétales invasives (canne de Provence et figuiers de Barbarie en particulier) dans une fosse de 4 mètres de profondeur.

Innovation en mélange sol ciment
Sur le secteur de travaux situé à proximité de la commune de Saleilles, tout l’ouvrage de protection va être reconstruit sur 2,3 km, avec une alternance de digues insubmersibles et de digues résistantes à la surverse. Ici le cœur du chantier embarque une innovation technique intéressante, qui serait une première en France sur une digue, d’après Isabelle Perrée : il s’agit de construire une partie de la digue résistante à la surverse avec un mélange « sol ciment » intégrant un sable limoneux local issu des déblais. « Le gros intérêt, c’est d’utiliser des matériaux locaux et donc de diminuer les transports et le trafic de camions », explique-t-elle. Le sol-ciment est prévu dans la zone d'écoulement de déversement afin de résister à la surverse. Cette solution a été imaginée pour remplacer des enrochements bétonnés, précise ISL Ingénierie. Des années d’études ont été nécessaires pour pouvoir confirmer que le traitement de sol était pertinent sur ce secteur, d’après la société d’ingénierie. La formulation finale du traitement dépendra des études de traitement, qui se poursuivaient début octobre.

 


Début des travaux en juillet 2026 (crédit : SMBVR)

 

Gestion de l’amiante et de la poussière
Une difficulté particulièrement sensible du chantier découle de la présence d’amiante et autres déchets dans les remblais des anciennes digues et les berges du Réart. Ces digues sont hétérogènes, mélanges de terre, de sable, de murets et d’enrochements. Or au fil des ans les riverains ont aussi remblayé avec les matériaux qu’ils avaient sur place, pour se protéger des crues ou pour se débarrasser de déchets divers, y compris de plaques de fibro-ciment. La chose était connue et un diagnostic avant travaux avait été demandé par le syndicat, ainsi qu’un plan d’évacuation de ces déchets. Mais les volumes de déchets amiantés ont été largement sous-estimés, constate le syndicat mixte début octobre. Le coût du traitement de l'amiante devrait donc grimper. Dans ce type de situation, les pollueurs sont rarement inquiétés, en partie à cause du rythme du chantier qui ne s’accorde pas avec le temps long d’une recherche de responsabilité.

Dernière complication à gérer, la poussière occasionnée par le passage des engins, en particulier en période de vent. Avant le début du chantier, le syndicat mixte avait demandé à l’entreprise de travaux un plan de gestion de la poussière. Les conducteurs de travaux arrosent donc régulièrement les pistes. Ils utilisent aussi des produits de fixation de la poussière, ainsi que des brumisateurs pendant le criblage des matériaux prélevés. Mais la poussière créée par les engins aurait malgré tout impacté une parcelle de maraichage, dont la récolte a été perdue au début du chantier.

Attentif à tous ces aléas, le syndicat mixte préparait début octobre la seconde tranche des travaux. Le chantier est découpé en deux tranches, dont la première devrait se terminer début 2027. La suite, plus en aval, devrait se dérouler jusqu’à fin 2027. Avec ou sans pluie ? Le dernier épisode de pluie notable date de janvier 2026. Le débit du Réart avait alors taquiné les 200 m3 par seconde, pas loin de la crue quinquennale.

 

(1) Le budget était fixé à 8,3 millions d'euros en 2024. Quant au niveau de protection, il a été légèrement revu à la baisse depuis, plus proche de la Q20 que de la Q30.

 

A LIRE AUSSI : l'article France Digues sur ce projet écrit en octobre 2024.

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FICHE D'IDENTITE DU SYNDICAT MIXTE :

Créé en 2014, le syndicat mixte des Bassins Versants du Réart, de ses affluents et de l’Etang de Canet-St Nazaire et son équipe de 9 personnes s’occupent de la prévention des inondations et de la gestion des milieux aquatiques pour 35 communes et ses 4 EPCI adhérentes, sur le bassin versant de l’étang de Canet St-Nazaire.

Ses adhérents sont les :

  • Communauté Urbaine Perpignan Méditerranée Métropole
  • Communauté de Communes Sud Roussillon
  • Communauté de Communes des Aspres
  • Communauté de Communes des Albères, de la Côte Vermeille et de l'Illibéris
     

 

Contributeur

thibault lescuyer

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