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Quelle gestion des ouvrages sur l’île de Noirmoutier ?

Retour d'expérience


illustration Quelle gestion des ouvrages sur l’île de Noirmoutier ?

Soumise aux risques de submersion, l’île de Noirmoutier déroule une stratégie continue de prévention des inondations. En 2022, un nouveau projet se précise : ajouter trois portes anti-submersion au système d’endiguement « Cœur de l’île ». En parallèle, l’intercommunalité entretient ses épis côtiers et cherche à améliorer leur gestion.

Sur l’île de Noirmoutier, la culture du risque est ancestrale, modelée par des tempêtes très impactantes, dont la plus dévastatrice ne fut pas Xynthia (2010), mais les tempêtes de 1937 et 1978, pour le 20ème siècle. Il en découle un ensemble unique de digues, perrés, remblais, épis et autres ouvrages de protection parfois très anciens contre la submersion marine. Cet ensemble s’est récemment structuré en deux systèmes d’endiguement complémentaires sur l’île. Ils sont gérés par une équipe d’agents territoriaux spécialisés et une organisation « gémapienne » adaptée à la protection du littoral insulaire.

 

Service Gestion du Littoral
 

A la communauté de communes de Noirmoutier (9500 habitants permanents), la compétence Gemapi (« gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) est assurée par le service Gestion du littoral. Celui-ci est rattaché au Pôle Environnement territorial (1) dirigé par Clément Rataud. «Nous sommes six, dont 5 Equivalent temps plein au service Gestion du littoral, que j’ai rejoint en 2022 », explique Oualid Rahmani. Diplômé en 2019 d’un master 2 en gestion de l’environnement, parcours « Ingénierie & géosciences du littoral » à l’université de Caen, Oualid Rahmani a repris le poste de « Responsable Sécurisation des personnes et des biens face à la mer ».

Cinq autres personnes travaillent au service Gestion du Littoral :

  • Le directeur du pôle,
  • Une chargée de mission prévention des risques d’inondation,
  • Un Technicien digues,
  • Un Spécialiste SIG, en charge de l’observatoire du littoral,
  • Une assistante administrative.

Le technicien digues s’occupe du suivi des ouvrages, via les visites trimestrielles et les visites techniques approfondies. C’est aussi lui qui réalise les travaux d’entretien courant sur les ouvrages : Fauchage et gestion de la végétation quand il y en a, petits travaux de réfection des digues ou des épis, ainsi que la manœuvre des ouvrages hydrauliques traversants.

 

Deux systèmes d’endiguement
 

Sur l’île longue de 18 km, deux systèmes d’endiguement sont en place. Le premier est le système « Sableau Jacobsen », classé B en 2014 et régularisé par arrêté préfectoral en juin 2022. Il s’étend sur un linéaire de deux kilomètres, complété par 3,5 km d’ouvrages associés. Le second, appelé « Cœur de l’île » est beaucoup plus vaste, puisqu’il regroupe l’ensemble des digues de la côte Est, ainsi que des perrés à la Guérinière, sur plus de 15 km. La côte Est est entièrement artificialisée, avec des ouvrages de protection du trait de côte. Ces ouvrages sont principalement des digues en enrochement, avec ou sans mur de couronnement, des perrés maçonnés. Mais on trouve aussi des ouvrages spécifiques au littoral : épis, cales de mise à l’eau, ainsi que des batardeaux pour fermer le système lors d’événements extrêmes.

 

Classe A par anticipation
 

La population maximale calculée en zone protégée pour le SE « Cœur de l’île » a été évaluée à 28 400 personnes lors de l’Etude de Dangers (EDD), ce qui la classerait en catégorie B (jusqu’à 30 000 personnes protégées). Pour autant, ce système a été classé en catégorie A en juin 2022 par arrêté préfectoral. « Le choix du surclassement vient du fait que le système d’endiguement va faire l’objet de travaux engendrant une rehausse du niveau de protection et a fortiori un élargissement de la zone protégée calculée. Les projections indiquent une population protégée supérieure à 30 000 habitants. Il a été donc proposé de surclasser le système d’endiguement en A au regard des évolutions attendues à court terme », explique Oualid Rahmani.

 

Portes anti-submersion
 

Parmi ces travaux figurent le projet des trois portes anti-submersion, dont l’étude d’avant projet a été validée au printemps 2022 par le conseil communautaire de l’île.

C’est le nouveau chantier « gemapien » d’envergure sur l’île. « Il s’agit d’un projet assez pharaonique, qui consiste à fermer les trois étiers [canaux des marais salants] et le système d’endiguement côté Est, pour augmenter le niveau de protection et garantir une sécurité de l'ile en cas d'événement extrême », explique Oualid Rahmani. La côte altimétrique des portes est fixée à 5,05 mètres, soit le niveau de la tempête Xynthia (4,20 m) plus 85 cm correspondant à la hausse du niveau de l’océan. Elles joueront un rôle d’écluse en cas d’événement météorologique extrême.

Fixé actuellement à 3,05 m, le nouveau niveau de protection réglementaire du système d’endiguement Cœur de l’île sera précisé ultérieurement, lors du nouveau dossier d’autorisation que nécessiteront les travaux. Sera-t-il suffisant pour protéger l’île de la hausse du niveau des océans ? Tout dépendra de la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre (CO2), puisque dans un de ses scénarios pessimistes (2), le GIEC a modélisé une hausse du niveau de la mer à 1m10 en 2100… Les dernières alertes scientifiques sur les points de bascule liés au climat indiquent que cette hausse n’est pas si improbable, en l’état des trajectoires d’émissions de CO2. « Les 1.7 m sont même possibles en 2100 pour un scénario de faible probabilité mais à haut impact correspondant au scénario SP5-8.5 (émission non contenues et hausse des températures) en incluant les processus d'instabilités glaciaires", signale Yann Deniaud, responsable du secteur d'activités Risques Naturels au CEREMA.

 

Le rôle des épis côtiers
 

A Noirmoutier comme sur une bonne partie du littoral atlantique, d’autres ouvrages côtiers mobilisent l’attention des autorités gémapiennes : les épis. Construits perpendiculairement à la côte, il s’agit suivant les cas d’alignements de pieux en bois, d’enrochements ou de murs en génie civil. « Historiquement, les épis servent à retenir les sédiments déplacés du fait de la dérive littorale [transport sédimentaire créé par la houle incidente et le courant] et à éviter l’érosion des plages », explique Yann Deniaud. Or s’ils sont situés à proximité d’une zone à protéger, il est fort probable que ces épis jouent aussi un rôle hydraulique dans la protection contre les submersions. 

Si une étude de dangers identifie qu’un épi a un rôle dans la performance du système de protection contre les inondations, il s'agit alors d'un ouvrage contributif qui devra être intégré dans le système d'endiguement autorisé via l'arrêté prefectoral d'autorisation. Dans le cas du système Cœur de l’île, plusieurs épis ont été intégrés, comme le stipule l’arrêté préfectoral de juin 2022 autorisant le système Cœur de l’île :

« Les épis situés le long de la digue du Devin, les épis situés le long des perrés de la Guérinière (entre le perré de la Coquette et le perré de la Rampe) et le bec de mer situé devant le perré de la Cantine font partie du système d’endiguement » (Arrêté N°22-DDTM85-440, DDTM de la Vendée).

 

Suivre et entretenir les épis
 

Qu’ils soient intégrés directement dans le système ou bien considérés comme ouvrages annexes, le suivi et l’entretien des épis est le même. « Dès lors que l’ouvrage contribue à la protection, les services de l’Etat attendent que nous le suivions et l’entretenions aussi. C’est ce que nous faisons pour les épis, lors des visites trimestrielles» assure Oualid Rahmani.

Pour faciliter l’entretien de ces ouvrages et des digues, le service Gestion du Littoral a développé un nouvel outil (logiciel) de suivi des désordres (à l'image du SIRS Digues, mais avec une dynamique plus locale et se fixant à quelques informations souhaitées). Chaque désordre est répertorié puis suivi, photo à l’appui, sur une fiche. « Suivant les cas il peut s’agir d’une cavité, d’une altération des matériaux, d’un enrochement fracturé, ou d’une traverse manquante sur un épi en bois… », explique Oualid Rahmani.

 

Mieux connaître la dynamique sédimentaire
 

Autre phénomène à suivre, qui interragit avec l’érosion du littoral et impacte le risque de submersion, le transport sédimentaire. Ce transport, principalement de sables et galets, résulte de la dérive littorale Nord Sud qui caractérise Noirmoutier.

Pour mieux connaitre le phénomène, le bloc communal travaille actuellement avec une chercheuse, dans le cadre d’une thèse en partenariat avec l’université de Nantes. « Un des objectifs est de comprendre le fonctionnement hydro-sédimentaire autour de l’île et ses interactions avec les ouvrages côtiers », explique Oualid Rahmani. Outre la meilleure compréhension scientifique, ce travail aura un intérêt plus opérationnel : mieux adapter la présence des épis. « Si on observe qu’avec la configuration actuelle, on a une érosion sur un casier [casier : désigne le stock de sable entre les épis] la modélisation nous permettra de voir comment évoluerait la côte sans tel ou tel épi », illustre le représentant du service Gestion du Littoral.
 

Ce travail s’appuiera sur les données de l’observatoire du littoral. L’outil informatique, piloté par Martin Paillart au sein de l’équipe gemapienne, permet un suivi pointu du trait de côte et de l’érosion.

 

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Crédit photo : CC de Noirmoutier.

Notes :

  1. Le pôle environnement territorial intègre deux autres services : le service l’assainissement et celui des marées / milieux aquatiques.
  2. Rapport spécial du GIEC sur les océans et la cryosphère dans le contexte du changement climatique (25 septembre 2019)

 

Contributeur

thibault lescuyer

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