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« France Digues est un bel outil qui ne coûte pas très cher »
Article de journal
Président de France Digues de 2021 à 2026, Yves Wigt passe le relais. L’occasion pour l’élu local et intercommunal de revenir sur le développement de l’association des gestionnaires de digues.
Vous avez présidé France Digues pendant cinq ans. Quel bilan faites-vous des cinq années écoulées ?
Yves Wigt. Nous sommes passés à 180 structures adhérentes et nous avons renforcé l’équipe salariée. L’association a atteint une certaine maturité. Si les adhérents ont augmenté, c’est qu’ils y trouvent une utilité : il y a de la demande. En premier lieu chez les petites structures « gémapiennes » qui souvent n’ont pas les moyens d’avoir suffisamment de personnel.
Le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance (SMAVD), que vous avez aussi présidé, est plutôt un « gros » syndicat. France Digues est plus utile aux petits, ou aux gros gestionnaires de digues ?
Y.W. Les deux ! France Digues apporte du conseil, de la formation, la mise à disposition du logiciel de gestion SIRS. Ses formations sont gratuites pour les adhérents, ce qui peut leur éviter de faire appel à un bureau d’études privé. C’est certainement intéressant pour les petites structures, mais les structures plus grandes y trouvent aussi leur compte. Elles sont solidaires des plus petites, elles accueillent aussi des nouveaux salariés et elles participent aussi aux formations, en tant qu’intervenant comme participant. France Digues permet à tous des échanges d’expériences et porte la voix des gestionnaires aux plus hauts lieux. Chacun puise chez l’autre en fonction de ses besoins.
Quel cheminement vous a conduit à vous impliquer dans France Digues ?
Y.W. J’ai été élu maire de Charleval [commune située au bord de la Durance] pour la première fois en août 1994. A cette période, il y a eu de grosses inondations dans la plaine de la Durance. On avait été inondés et cela m’intéressait. J’étais élu au SMAVD et en devenant maire, je suis passé au bureau du syndicat. Je me suis alors occupé de faire des digues pour ma commune et pour toutes les autres. Puis en 2015, on m’a proposé de présider le SMAVD.

Assemblée générale de France Digues, février 2026
Et pour France Digues ?
Le SMAVD, c’est l’un des plus grands bassins versants de France. Notre syndicat est donc rentré dans France Digues assez tôt. Je le représentais et en 2021 Monsieur Engrand, qui avait assuré pendant un an la suite de M. Masson, l’un des créateurs de France Digues et président du SYMADREM, ne s’est pas représenté. On m’a demandé de prendre la suite, parce que le SMAVD avait du poids et que nos techniciens et notre directeur Etudes et Travaux participaient beaucoup à l’association. J’ai accepté.
Atypique, ou classique l’association France Digues ?
Il y a d’autres associations qui existent sur des sujets proches, mais nous sommes centrés sur la partie protection contre les inondations, volets techniques et réglementaires, pour lesquels nous proposons des outils pratiques au quotidien. Les autres associations sont soit plus généralistes, soit axées sur d’autres thématiques, et parfois plus politiques. Toutes sont complémentaires et nous participons à des événements communs.
En 2026, France Digues renouvelle ses instances de gouvernance et son conseil d’administration. Vous ne vous représentez pas ?
Non, car depuis quelques semaines je ne suis plus maire de Charleval. Après 32 ans, il était temps de passer le relais ! Ensuite c’est une réaction en chaîne : il faut être élu communal pour être élu intercommunal et il faut être élu intercommunal pour être élu dans les syndicats mixtes, ou au Conseil d’administration de France Digues !

Une partie du Conseil d'administration France Digues en visite de terrain au SMAVD
Qu’est-ce qui vous a plu dans l’aventure France Digues ?
180 adhérents, répartis dans toute la France, et même à la Réunion, cela permet de mettre en commun des expériences très différentes. Cela m’a apporté beaucoup sur le plan humain. Nous avons eu des réunions de travail et des visites d’ouvrages chez les adhérents. Que ce soit à l’île d’Oléron, à Metz ou au Grand Paris, les problématiques de protection contre les inondations ne sont pas les mêmes. J’ai rencontré des gens intéressants, qui n’ont pas les mêmes problèmes que sur la Durance, qui ont des visions différentes, des financements et des moyens différents. C’est une belle ouverture.
Faut-il avoir une bonne technicité pour être au bureau de France Digues ?
Pas forcément. Mon métier était dans le génie civil, puisque j’étais responsable des ouvrages d’art au métro de Marseille. Cela se rejoint un peu ! Mais il faut surtout s’intéresser aux questions de protection contre les inondations. Au bureau de France Digues, il y a des personnes très différentes.
Suite aux élections municipales, des nouveaux élus intercommunautaires vont s’interroger sur l’opportunité d’adhérer à France Digues. Vous leur répondez quoi ?
Je leur réponds que l’adhésion sert à les aider sur la protection contre les inondations et contre les submersions. C’est très utile et cela ne coute pas très cher, sur des sujets qui vont s’aggraver [l’adhésion est proportionnelle au linéaire d’endiguements]. Cela permet d’avoir une assistance technique intéressante. France Digues est un bel outil qui ne coûte pas très cher. Il faut que la structure perdure.
Deux lois sont actuellement en discussion au Parlement, pour réformer les financements de la compétence Gemapi. Quel regard portez-vous sur ces lois ? Elles vous ont surpris ?
Non, car leur origine vient de nos structures gémapiennes. Une ville comme Marseille, avec 2 millions d’habitants à 5 euros la taxe, lève 10 millions d’euros par an, alors qu’une petite intercommunalité de montagne, avec une taxe à 40 euros lève 200.000 euros. La répartition de la taxe Gemapi n’est pas équitable, elle ne prend pas en compte la solidarité sur les bassins versants. Il y a une vraie question de péréquation et de solidarité entre les territoires à résoudre. Si ces lois y contribuent, cela sera une bonne chose.
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