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Entre crues et marées, Quimper modélise son estuaire et prépare des digues

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illustration Entre crues et marées, Quimper modélise son estuaire et prépare des digues

Face à l’élévation du niveau de l’océan, le syndicat mixte Sivalodet a lancé une étude prospective sur l’estuaire de l’Odet, pour mieux anticiper les risques de submersion. Plus en amont au bord de son affluent le Steïr, un  nouvel endiguement est aussi à l’étude, contre le risque d’inondation fluviale.

« Une étude de modélisation de la dynamique marine sur tout l’estuaire, cela n’avait jamais été fait », explique depuis Quimper Mathis Burnel. Chargé de mission inondation au Sivalodet, le Syndicat pour l’aménagement et la gestion des eaux du bassin versant de l’Odet, il pilote l’étude lancée fin 2025 suite aux très grandes marées de 2024 et 2023. En mars 2024, le marnage avait atteint un coefficient de 116, pas loin du maximum de 119 atteint en 2015. Ces grandes marées n’ont pas été concomittantes d’une grosse tempête, mais il y a désormais « une prise de conscience qu’avec le changement climatique et l’élévation du niveau marin, les grandes marées pourraient impacter encore plus la ville. Or on manque de données pour évaluer les risques et s’y préparer», ajoute Mathis Burnel. Les secteurs impactés sont connus et en partie déjà protégés par la digue du Halage, un ouvrage sensé  être efficace contre une marée centennale (la digue est longue de 2.1 km). Mais face aux dérèglements climatiques et à la volonté des élus d’envisager des protections renforcées, le besoin s’est fait sentir de rassembler des données d’aide à la décision plus précises. Il s’agit de préciser les enjeux (humains, économiques ou environnementaux) exposés aux risques de submersion, actuellement et d’ici 2050 et 2100.

 


Digue de Halage sur l'Odet à l'aval de Quimper (crédit : Sivalodet)

 

Etude en trois phases
La première phase de l’étude consiste à effectuer un bilan et une synthèse de la connaissance historique et prévisionnelle des aléas, à la fois à l’échelle locale et globale. Pour ce faire le syndicat mixte est accompagné par des chercheurs de l’université voisine de Brest (UBO). L’idée est ensuite de modéliser des trajectoires jusqu’en 2100, pour orienter les scénarios de référence et évaluer des solutions de protection. Alors que le nouveau plan PPRI prend en considération une hausse de 60 cm du niveau de l’océan en 2100, la nouvelle étude intègrera le scénario SSP5.8.5 du GIEC qui se traduit par une hausse du niveau de la mer d’un mètre d’ici 2100.

La phase suivante de l’étude consistera à construire un modèle hydraulique, sur l’intégralité de l’estuaire de l’Odet et jusqu’aux limites d’influence de la marée à Quimper. L’intérêt d’avoir un périmètre aussi large pour la modélisation est de ne pas oublier d’enjeux même secondaires et de commencer à évaluer les zones d’érosion potentielles. Il s’agit de « travailler de façon systémique pour ne pas créer ou oublier de problème en aval », ajoute Mathis Burnel. Les quatre bassins d’eaux pluviales et de marée, qui sont déjà présents à l’arrière de la digue et peuvent saturer en cas de forte pluie, seront intégrés dans les calculs.

Pour la partie aide à la décision de l’étude, il faudra attendre sa phase 3, qui consistera à évaluer le panel de solutions, via des analyses multi-critères. Rehausser la digue du Halage ? Relocaliser des enjeux ? Créer un barrage à marée ?... L’étude prendra par exemple en considération le tassement, inéluctable dans la durée, de la digue et l’impact d’un éventuel barrage sur le transport des sédiments. Ces modélisations permettront d’avancer des premières estimations de coût. La remise de l’étude finalisée est prévue pour décembre 2026.

 


Quartier du Pontigou inondé par le Steïr en janvier 2026 (crédit Sivalodet)

 

 

Plus haut vers le Steïr

En remontant depuis l’estuaire jusqu’à l’hyper-centre de Quimper, le marcheur arrive à la confluence du Steïr avec l’Odet. Le Steïr ? Il est le second grand protagoniste, avec l’Odet, de la prévention des inondations par débordement de cours d’eau à Quimper. C’est d’ailleurs lui qui s’est retrouvé en crue en janvier 2026, quand la campagne électorale battait son plein. Le Steïr s’est invité dans les débats politiques, bien que la crue n’ait pas été majeure. « En termes de débit, on était probablement sur une crue vicennale avec 64,9 m3 par seconde au plus fort de la crue », précise le chargé de mission du Sivalodet. Mais des rues dans les secteurs inondés (Cosquer,  Providence, Moulin Vert) sont restées sous l’eau plusieurs jours, à cause de la répétition de la crue (4 pics distincts en 12 jours). Et le débat politique a mis sous les projecteurs différentes solutions techniques : la suppression totale de la dalle qui recouvre la rivière en centre-ville (déjà supprimée en partie en 2002 suite à des inondations) et la création d’un système d’endiguement en amont.

La campagne électorale étant passée, le sujet peut être remis sur la table de manière plus sereine. La protection autour du Steïr n’est pas un sujet nouveau, «il y a eu une longue série d’études depuis plus de 15 ans » rappelle le syndicat mixte. Un premier projet de digues avait été proposé par les élus mais rejeté par les riverains, il y a une quinzaine d’années. Ensuite un ouvrage écréteur de crue a été envisagé, comme d’autres l’ont été sur l’Odet, mais ici à proximité de la voie ferrée qui relie Brest à Quimper. Les contraintes techniques liées à la voie ferrée, mais aussi écologiques et financières ont conduit les élus locaux à abandonner le projet en 2019, indique le Sivalodet. D’où la dernière étude pilotée par le syndicat à la demande des élus, qui s’est terminée au printemps 2025. Elle préconise à nouveau un système de digues, mais en s’appuyant sur des outils de modélisation plus précis et en prenant en compte les travaux de renaturation du Steïr. Car des travaux sur des seuils, pour faciliter la remontée de poissons (saumons en particulier) ont eu lieu entretemps, avec un effet positif sur le risque inondation. « On était sur une thématique de gestion de milieux aquatiques (GEMA), mais on a constaté qu’ils ont abaissé la ligne d’eau de 10 à 15 cm (ce qui avait été anticipé lors des études préalables) », se réjouit Mathis Burnel. Quand la GEMA profite à la PI (prévention des inondations), on parle de GEMAPI intégrée. Gagnant gagnant.

Dans l’immédiat, les concertations sur la prévention des inondations devaient reprendre, dès le mois de mai et se focaliser sur l’hypercentre de Quimper, la suppression de la dalle et son impact sur les commerces. Ce réaménagement devrait être complémentaire du futur système d’endiguement, explique le Sivalodet.

 

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Contributeur

thibault lescuyer

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