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Giant sea wall : l’Indonésie lance sa protection XXL

Article de journal


illustration Giant sea wall : l’Indonésie lance sa protection XXL

Le projet de digues, long de 575 km, veut protéger la côté nord de l’île de Java contre les risques d’inondation et de subsidence. 15 segments sont prévus, pour un budget colossal : 80 milliards de dollars. Les premiers détails techniques ont été dévoilés. Ils font la part belle au génie civil, même si les solutions fondées sur la nature ont été évoquées.

 

De manière épisodique, la section actualités de France Digues propose un éclairage sur un projet de prévention des inondations situé dans un pays extra-européen. Cet article est le second à être situé en Asie, après un article sur les villes éponge en Chine (2023).

 

Confrontée aux risques de submersion marine et à l’affaissement du sol (subsidence) sur la côte Nord de l’île de Java, le gouvernement indonésien a entamé la construction de sa nouvelle capitale, Nusantara, future « ville éponge » située sur l’île voisine de Bornéo. Nusantara, dont la construction est planifiée jusqu’en 2045, devrait officiellement remplacer Jakarta en 2028. Mais les millions d’habitants et les milliers d’entreprises présents sur le littoral nord de Java demeureront sur place, exposés à des risques qui s’aggravent. Le lancement officiel du « giant sea wall », le 4 mai dernier, veut répondre à cette problématique et réduire leur exposition aux risques. Ce « kick off » fait suite à la création, en août 2025, de la « North Coast Sea Wall Authority », nouvelle agence d’état dédiée au giga-projet. Parallèlement, les premiers contours de l’infrastructure se dessinent.

15 « segments » pour 575 km
La grande barrière ou « grand mur » maritime est désormais prévue sur 575 km, divisée en 15 « segments », selon le gouvernement indonésien. Une première priorisation des travaux met l’accent sur l’ouest du littoral nord, à proximité de la baie de Jakarta. Pour autant, « la localisation des 15 segments n’est pas finalisée, des études complémentaires sont encore nécessaires », expliquait une semaine après le « kick off » du projet, un des ministres concernés.  

Les présentations faites le 4 mai ont permis d’en savoir plus sur le volet technique. Elles signalent le rôle central de l’agence nationale de recherche et d’innovation (BRIN), une agence d’Etat créée en 2021. « La BRIN a préparé cinq technologies avancées, qui sont des solutions concrètes pour protéger la côte nord de Java (Pantura) contre la menace croissance de submersion marine », indiquait son directeur. L’une de ces solutions consiste en des murs (seawalls) verticaux « modulaires et multifonctionnels », conçus pour combiner une protection contre les submersions, la production d’énergie houlomotrice (wave energy harvesting) et le transport routier. Les détails n’ont pas filtré.

 


Unité de protection contre les vagues (crédit : BRIN)

 

Une autre technologie mise en avant lors du lancement est un nouveau système de protection constitué d’unités croisées en réseau (comme le montre l’illustration). Appelées « interlocking breakwater armor units », ces unités sont destinée à venir en première ligne de protection contre les vagues, par exemple devant des enrochements. L’un de ces systèmes, baptisé BRINlock a déjà été mis en place sur plusieurs sites. Il permettrait d’apporter une solution à la disponibilité limitée en enrochements naturels, estime le BRIN, tout en réduisant l'empreinte carbone par rapport à des protections plus massives en béton.

Au-delà de ces solutions « grises » en génie civil, l’agence BRIN a évoqué une intéressante protection d’ « éco-ingénierie hybride » qui intègrerait des solutions fondées sur la nature et permettrait la restauration de mangroves, les mangroves dont le rôle d’amortisseur de la houle est bien documenté. Là aussi sans fournir plus de détails.

 

Réactions critiques
Réagissant à ces annonces, plusieurs universitaires et experts indonésiens ont exprimé quelques réserves sur le projet. D’une part, ils soulignent que le mur ne permettra pas de lutter contre la subsidence. Celle-ci découle avant tout de la surconsommation d’eau provenant des nappes souterraines, sur des sols dominés géologiquement par des dépôts alluviaux en sable et en gravier. «L’urgence doit être la relocalisation spatiale » estime un de ces experts, Abdul Halim, dans une tribune publiée par journal indonésien l’Independent Observer. Il invite à des solutions mixant relocalisations (« managed retreats »), restauration de mangroves, réhausses d’infrastructures et digues... Ces recommandations font écho à un récent rapport sur le grand mur, élaboré par la société de conseil Deloitte et le géant danois du conseil et de l’ingénierie, Haskoning. Ses auteurs appelaient eux aussi à un mix de solutions, tout en invitant le gouvernement indonésien à gagner du terrain foncier artificiel sur la mer, notamment entre les futures digues et le littoral initial.

Financer le projet
Malgré les incertitudes et les critiques, le projet fait clairement partie des priorités du nouveau (et controversé) président de l’Indonésie, Prabowo Subianto. Il lui reste à trouver des financements à hauteur des 80 milliards de dollars envisagés, dans un pays sans taxe Gemapi ni primes d’assurance « catnat » pour payer les infrastructures de prévention des submersions. Parmi les co-financeurs pressentis figure la Chine mais aussi, à une plus petite échelle le Danemark. L’agence d’Etat danoise "Invest International" a en effet annoncé un package de prêts et de dons de 300 millions de dollars à l’Indonésie, dont une partie doit être fléchée vers le grand mur. Quant aux sociétés d’ingénierie danoises spécialisées dans les infrastructures et les protections littorales, nul doute qu'elles seront attentives aux appels d'offre suscités par le méga-projet.

 

Contributeur

thibault lescuyer

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