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Occitanie : le SMMAR, un « ensemblier » pour la prévention des inondations

Retour d'expérience


illustration Occitanie : le SMMAR, un « ensemblier » pour la prévention des inondations

Photo : Vue d'ensemble travaux basse plaine Aude - Crédits : SMMAR

Sur le vaste bassin versant de l’Aude, le syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières SMMAR, à statut d’EPTB, accompagne les autorités gémapiennes. Au programme, des rénovations de digues, des nouveaux bassins de rétention et des solutions fondées sur la nature.

L’objectif est clair : mieux protéger les territoires contre les crues de l’Aude et de ses affluents. Car sur le bassin versant de l’Aude, de la Berre et du Rieu (6000 km2), les crues sont parfois dévastatrices, comme en 2018 où 15 personnes avaient perdu la vie. Pour atteindre cet objectif, c’est une organisation particulière qui a été mise en place. Elle fait intervenir le Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières (SMMAR) et ses sept syndicats de bassins adhérents, qui représentent 16 intercommunalités (EPCI à fiscalité propre). « Au SMMAR nous n’avons pas les compétences GEMAPI, celles-ci sont dévolues à nos sept syndicats adhérents. Mais l’organisation mise en place nous permet d’avoir une visibilité technique globale dans la mesure où les syndicats gémapiens s’appuient sur du personnel technique du SMMAR. Et surtout, nous pilotons les Programmes d'actions de prévention des inondations (PAPI) pluriannuels», explique Hélène Mathieu Subias, directrice technique. Labélisé Etablissement public territorial de bassin (EPTB en 2008), le SMMAR pilote les PAPI depuis 2006. Au vu de cette organisation, le SMMAR est en quelque sorte chef d’orchestre, ou ensemblier, pour la prévention des inondations de l’Aude et de ses affluents.

Des travaux successifs
Principal chantier ces dernières années, la réfection des ouvrages de protection du bassin aval de l’Aude, de Narbonne jusqu’à la mer. Ce chantier en trois tranches (pour 8 millions d’euros) est sur le point de s’achever, en septembre 2021. Toutes les digues aval auront été sécurisées. Un autre chantier est en cours : la mise en place du bassin de rétention du Laure-Minervois, à 18 km de Carcassonne. Et d’autres travaux se préparent, co-financés par le nouveau PAPI à l’étude.

Un PAPI peut en cacher un autre
Une véritable « dynamique continue », c’est ainsi qu’Hélène Mathieu Subias voit les programmes d'actions de prévention des inondations (PAPI). « Le PAPI 2 de l’Aude se termine et nous sommes en train d’écrire le troisième, pour 2023 à 2028». Le PAPI actuel a été prolongé suite aux inondations de 2018. Il ne finance pas que des aménagements, digues ou bassins de rétention, grâce au fonds d’Etat dit « Barnier». De nombreuses études techniques sont aussi réalisées, pour des travaux qui seront implémentés via le PAPI suivant. D’où la dynamique continue.

 

Travaux bassin de rétention Laure Minervois - Crédit : SMMAR

Des années d’étude avant travaux

Quel retour d’expérience sur ces aménagements de prévention des inondations ? « C’est très très long », confie Helene Mathieu Subias. « Pour 6 mois ou un an de travaux, il faut parfois 10 ans d’études, ce que les gens ont du mal à comprendre ». Le projet de protection de Laure Minervois, qui prévoit la sécurisation du bassin du Ruchol, existant, et la création d’un nouveau bassin de rétention sur le ruisseau des Arques (73.000 m3 de capacité, un remblai de 140 m de long) avait été planifié lors du premier PAPI, en 2014. Les travaux démarreront en 2022 et il sera achevé en 2023.

Le bassin de Ruchol, construit en terre en 1986, est le seul ouvrage en terre qui n’avait pas rompu, malgré la surverse, lors de la crue de 1999. « C’est un vrai cas d’école ! » indique Hélène Mathieu Subias. Sa résistance serait liée à la présence d’un pont en aval, qui a fait monter l’eau et créé une sorte de « matelas d’eau » empêchant la rupture. Il a tout de même fallu le renforcer pour répondre aux dernières normes de sécurité des barrages. Les deux bassins (Ruchol et Arques ) permettront une protection du village de Laure minervois pour une crue de période de retour 100ans. Ces travaux sont portés par le syndicat mixte Aude Centre.

Travaux bassin de rétention Laure Minervois - Crédit : SMMAR

Solutions fondées sur la nature (SFN)

De plus en plus, le SMMAR et ses syndicats adhérents intègrent des solutions dites « fondées sur la nature », pour lesquelles le SMMAR se voit précurseur en Occitanie. L’idée centrale est de redonner de l’espace aux cours d’eau, favorisant leur fonctionnement « naturel » au lieu de les corseter avec des digues et des merlons trop rapprochés. « Nous avons des crues morphogènes régulièrement, qui nous renseignent sur la mobilité du cours d’eau » explique Hélène Mathieu Subias. Cette mobilité, qui se fait dans la douleur lors d’une crue, peut se faire de manière plus sereine, si le lit majeur ou moyen du cours d’eau a été rétabli. D’un lit corseté de quelques mètres, un cours d’eau peut retrouver un lit moyen de 100 mètres, sur des secteurs non bâtis. « C’est une action multi-bénéfice. Renaturer la rivière dans un but écologique, revient par exemple à maintenir des cailloux dans son lit, ce qui fera perdre de l’énergie [et donc de la dangerosité] à la rivière en cas de crue». Les effets constatés sont particulièrement bénéfiques pour des crues de moyenne ampleur.

Comment aller plus vite

Face aux délais de mise en œuvre, comment aller plus vite ? C’est compliqué, estime Hélène Mathieu Subias. Les études techniques, environnementales, archéologiques …, il faut bien les faire. Souvent ce qui peut ralentir les projets, ce sont les négociations foncières pour acquérir les terrains situés au bord des cours d’eau. Ces acquisitions sont nécessaires quand on veut redonner de l’espace au cours d’eau. Elles ne sont pas financées par les PAPI, mais par les contrats de bassin versant et les agences de l’eau au titre de la « gestion des milieux aquatiques » et de la reconquête du bon état écologique.

Confronté au temps induit par ces négociations, le SMMAR et ses adhérents ont décidé d’innover : plutôt que de mener les négociations en interne, ils font désormais appel à un négociateur privé, via un marché mutualisé par lots. Cela ne raccourcira pas forcément les délais, mais cela libèrera du temps pour le personnel du SMMAR. Autre intérêt, pouvoir bénéficier de subventions, à hauteur de 80%, ce qui n’aurait pas été le cas avec l’embauche d’une personne supplémentaire.

Nouvelles protections à Trèbes et Villegailhenc

Ces deux communes ont été particulièrement meurtries par les crues de l’Aude et de ses affluents, en 2018. Pour que cela ne se reproduise pas, y compris avec un débit équivalent (250 m3 par seconde) le SMAC, aidé du SMMAR a mené des études approfondies, externalisées et financées via le PAPI 2. A Villegailhenc il en découle un projet assez emblématique, mixant protection contre les inondations et restauration de l’état écologique du cours d’eau, le Trapel. Au centre du village, des maisons seront enlevées par le biais du fonds barnier, la rive gauche sera décaissée et une risberme redonnera du volume en cas de crue. En aval et en amont du village, des décaissements et un champs d’expansion des crues sont prévus.

A Trèbes, la solution retenue consistera à diminuer l’aléa. Une vaste platebande de type risberme sera créée, sur une partie de la rive droite appartenant à la mairie, en décaissant 200 ou 300.000 m3 de terre, galets et remblais. La difficulté est de trouver des terrains pour stocker ces matériaux. Une solution envisagée serait de créer une plateforme en amont. « Un aménagement, pas un ouvrage », avec des parcours de loisirs, surélevée de quelques mètres sur plusieurs hectares, pour éviter les débordements de l’Aude à cet endroit-là.

Déclarations de systèmes d’endiguement

Autre gros chantier, administratif et technique celui-là, les demandes de régularisation des systèmes d’endiguement. Les études de dangers  ont été sous-traitées par les syndicats de rivière à des bureaux d’étude, avec un pilotage technique par le personnel du SMMAR. Concernant les basses plaines de l’Aude, les dossiers pour les systèmes d’endiguement avec des digues de catégorie B ont été déposés en juin 2021. Pour les autres systèmes d’endiguement, intégrant des digues et bassins de rétention de classe C, les études se poursuivent.

Ce ne sont pas les seules. « Nous sommes aussi en train de faire un diagnostic sur tous les ouvrages non classés, en particulier les merlons de bord d’Aude. Pour savoir s’ils ont aussi un rôle dans la protection contre les inondations ou pas », détaille Hélène Mathieu Subias. Si c’est le cas, des expertises techniques seront conduites de manière plus détaillée, puis d’éventuelles solutions techniques seront mises en oeuvre. Et des systèmes d’endiguement supplémentaires pourraient être définis.
Une vraie dynamique continue.

 

 

Le site web du SMMAR :
https://www.smmar.org/

 

Les départements sur lesquels le bassin versant de l’Aude s’étend :
Aude, Ariège, Hérault, Pyrénées-Orientales.

 

Les adhérents du SMMAR :
SYNDICAT MIXTE AUDE CENTRE - SIAH BERRE ET RIEU - SIAH CORBIERES MARITIMES - SIAH FRESQUEL  - SYNDICAT DU BASSIN VERSANT ORBIEUJOURRES - SMAH DE LA HAUTE VALLEE DE L’AUDE (SMAH HVA) - SYNDICAT MIXTE DU DELTA DE L’AUDE (SMDA)

Contributeur

thibault lescuyer

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